—Avec vous, monsieur Caffié, les fonds sont toujours faits.

Caffié avait tiré de la poche de son gilet une clef avec laquelle il avait ouvert la caisse en fer placée derrière son bureau, et tournant le dos à Saniel ainsi qu'au garçon de banque, il comptait des billets dont ils entendaient le flat-flat. Il se redressa bientôt et, repoussant la porte de sa caisse, il posa sous la lampe les liasses qu'il venait de compter. A son tour, le garçon les compta, et, les ayant placées dans son portefeuille, il salua.

—Tirez la porte en sortant, dit Caffié qui avait déjà repris son fauteuil.

—N'ayez crainte.

Le garçon de banque parti, Caffié s'excusa pour cette interruption.

—Reprenons notre entretien si vous le voulez bien, mon cher monsieur. Je vous disais donc qu'il n'y avait pour vous qu'un moyen d'être tiré à jamais de vos embarras, et que ce moyen vous le trouveriez dans un bon mariage qui mettrait hic et nunc une somme raisonnable à votre disposition.

—Mais ce serait folie à moi de me marier en ce moment, quand je n'ai pas de position à offrir à ma femme.

—Et votre avenir, dont vous parliez tout à l'heure avec tant d'assurance, n'y avez-vous pas foi?

—Une foi absolue, aussi ferme aujourd'hui que quand je suis entré dans la lutte, mais plus éclairée. Cependant, comme les autres n'ont pas les mêmes raisons que moi pour espérer et croire ce que j'espère et crois, je trouve tout naturel qu'on doute de cet avenir: ce que vous avez fait vous-même, à l'instant, en ne le trouvant pas bon pour garantir un simple prêt de trois mille francs.

—Prêt et mariage ne sont pas même chose: un prêt ne vous tire d'embarras que momentanément, en vous laissant bien des chances pour que vous soyez obligé d'en contracter successivement plusieurs autres: ce qui, vous en conviendrez, atténue singulièrement les garanties que vous pouvez offrir; tandis qu'un mariage vous ouvre tout de suite la route que votre rêve ambitieux s'est promis de parcourir.