Combien la situation changeait s'il l'épousait,—et pour eux, et pour lui!
Quel soulagement! De là son cri: «C'est beaucoup pour ton frère que je veux ce mariage»; au moins il aurait fait le possible pour racheter, dans la mesure des moyens humains, ce qu'il avait été impuissant à empêcher.
Quand Philis fut un peu remise de son trouble de joie, elle l'interrogea:
—Quand s'était-il décidé à ce mariage?
Il ne voulut pas mentir et répondit que c'était à l'instant que la pensée lui en était venue, assez précise, assez forte pour donner un corps aux idées qui depuis plusieurs mois flottaient en lui vaguement.
—Au moins as-tu bien réfléchi? demanda-t-elle craintivement, n'as-tu pas cédé à un entraînement d'amour?
—Valait-il mieux céder à un calcul longuement raisonné? Je t'épouse parce que je t'aime, et aussi parce que je suis certain que, sans toi, je ne peux pas être heureux: franchement, je reconnais que j'ai besoin de toi, de ta tendresse, de ton amour, de ta force de caractère, de ton égalité d'humeur, de ta foi invincible dans l'espérance, qui pour moi, tel que je suis organisé, valent la plus belle dot.
—C'est que justement je n'ai pas la moindre dot à t'apporter. Je pouvais bien, quand tu étais aux abois, désespéré et écrasé, demander à devenir la femme du pauvre médecin de village que tu allais être; mais aujourd'hui, dans ta position, surtout dans celle que tu occuperas avant peu, la pauvre petite Philis est-elle digne de toi? Tu me fais aujourd'hui la plus grande joie que je peux goûter, celle à laquelle je ne rêvais qu'en me disant que ce serait folie d'en espérer la réalisation; mais justement cela me donne la force de te demander de réfléchir, et de voir si tu ne regretteras jamais ce moment d'entraînement qui me rend si heureuse.
—J'ai réfléchi, et ce que tu me dis en ce moment prouve, mieux que tout, que je ne me suis pas trompé; c'est une femme qui m'aime que je veux, tu es cette femme-là.
—Plus que je ne peux le dire en ce moment, étourdie par le bonheur, mais pas plus que je ne te le prouverai dans la continuité de notre amour.