—D'ailleurs, chère petite, ne te fais pas d'illusions sur les splendeurs de cette position dont tu parles; il est plus que probable qu'elles ne se réaliseront jamais, car je ne suis pas un homme d'argent et ne ferai rien pour en gagner; à moins qu'il ne vienne tout seul...

—Il viendra.

—Ce n'est pas le but que je poursuivrai: celui que je voulais, je l'ai en grande partie obtenu; si maintenant je gagnais de l'argent et me créais une riche clientèle, la jalousie de mes confrères me ferait manquer ou attendre trop longtemps ce que je veux encore et ce que mon ambition préfère à la fortune. Pour le moment cette position sera donc modeste: mes quatre mille francs de traitement d'agrégé, ce que je gagnerai au bureau central, en attendant que je sois en titre médecin d'hôpital, et en plus cinq cents francs par mois que mon éditeur me propose pour des travaux et une revue de bactériologie, nous donneront environ une douzaine de mille francs, et il est à croire que pendant assez longtemps nous devrons nous contenter de cela.

—Pour moi, c'est la fortune.

—Pour moi aussi; mais je n'ai pas moins tenu à t'avertir.

—Et pour quand veux-tu notre mariage?

—Tout de suite, aussitôt après les délais exigés par la loi, et aussi après que je me serai installé dans un nouvel appartement, car tu ne peux pas entrer, ma femme dans celui-ci, où on t'a vue venir si souvent: cela te blesserait de passer devant le concierge et me gênerait d'y passer avec toi. J'espère que je trouverai facilement, et tu voudras bien, je le pense, n'être pas plus exigeante que moi.

—Oh! cher!

—D'ailleurs, nous ne ferons pas cette fois la folie de nous mettre à la discrétion des tapissiers: la première a coûté assez cher.

Il dit ces derniers mots avec une énergie farouche; mais tout de suite il continua: