—Le sujet ne conserve de spontanéité et de volonté que ce que veut bien lui en laisser son hypnotiseur, qui, à son gré peut le rendre triste, gai, colère, tendre et jouer de son âme comme d'un instrument[1].

Note 1:[ (retour) ] H. Beaunis: Le Somnambulisme provoqué.

—Mais c'est effroyable.

—Curieux au moins; il est certain qu'il y a une paralysie locale de telle ou telle cellule dont l'étude deviendra le point de départ de découvertes intéressantes.

—Une fois réveillé, le sujet se rappelle-t-il ce qu'il a dit pendant son sommeil?

—On n'est pas d'accord là-dessus: les uns sont pour l'affirmative, les autres pour la négative; quant à moi, je crois que le souvenir tient pour beaucoup au degré de sommeil du sujet: sommeil léger, il y a souvenir; sommeil profond, le sujet ne se rappelle ni ce qu'il a dit, ni ce qu'il a entendu, ni ce qu'il a fait.

Elle eût voulu continuer, et son interlocuteur, heureux de parler de ce qui l'occupait, l'eût volontiers suivie, mais elle vit son mari placé à l'autre bout de la table les regarder à plusieurs reprises, et de peur qu'il ne devinât le sujet de leur entretien, elle en resta là.

Ce qu'elle venait d'apprendre lui paraissait effroyable, son cri le disait; mais enfin, tant qu'elle ne se laisserait pas hypnotiser, elle n'avait rien à craindre; et s'en tenant à ce qu'elle avait lu, elle se promettait de ne jamais accepter qu'il la plaçât dans des conditions où il pourrait l'endormir: c'était pendant le sommeil que la volonté de l'hypnotiseur se substituait à celle du sujet, non pendant la veille.

S'appuyant sur cette croyance et aussi sur ce qu'il ne lui avait plus reparlé de l'endormir, elle se rassura: n'était-ce pas la marque qu'il acceptait la résistance qu'elle lui avait opposée et renonçait à son idée de somnambulisme provoqué?

Mais elle se trompait.