A la vérité, il n'y avait que la nuit qu'elle fût dangereuse, et s'il trouvait moyen de faire chambre à part, il n'aurait rien à craindre d'elle le jour, à condition de se tenir sur une défensive rigoureuse l'aimant comme elle l'aimait, elle résisterait à la curiosité qui l'entraînait... si l'inquiétude la poussait, son amour la retiendrait, ainsi qu'elle le disait elle-même; peu à peu cette inquiétude et cette curiosité, n'étant plus surexcitées, s'apaiseraient, et ils pourraient revoir les douces journées qui avaient suivi leur mariage.
Mais, dans les conditions présentes, ce moyen était difficile à trouver, car, proposer à Philis de faire deux chambres, c'était avouer qu'il avait peur d'elle, et par conséquent lui donner un nouveau mystère à étudier. Il chercha, et partant de l'idée qu'il fallait que la proposition des deux chambres vint de Philis elle-même, il arriva à une combinaison qui, semblait-il, pouvait réaliser ce qu'il voulait.
Ignorant qu'elle avait été hypnotisée et ne se souvenant pas qu'elle avait parlé, Philis restait toujours, sans doute, sous la crainte d'être endormie; qu'il l'en menaçât de nouveau, et certainement elle chercherait à se défendre en lui échappant.
Ce fut ce qui arriva: quand, le lendemain même, il lui dit que décidément il voulait l'endormir pour savoir ce qui se passait en elle, elle montra le même effroi que la première fois.
—Tout ce que tu m'as demandé, tout ce que tu as désiré, dit-elle en s'efforçant de se contenir, je l'ai voulu comme toi et avec toi; mais cela, je ne l'accepterai jamais.
—Comme ta résistance est folle, je ne m'y arrêterai pas.
—Tu ne m'endormiras pas malgré moi.
—Parfaitement.
—Ce n'est pas possible.
Sans répondre, il alla prendre un livre dans sa bibliothèque et, l'ayant feuilleté, il lut: