«Peut-on faire passer une personne endormie, sans la réveiller, du sommeil naturel au sommeil hypnotique? La chose est possible, au moins pour certains sujets.»

Puis lui tendant le livre:

—Tu vois que pour t'endormir artificiellement je n'ai qu'à profiter du moment où tu dors naturellement; c'est bien simple.

—Ce serait odieux.

—Des mots.

Il l'avait jetée dans une frayeur qui, toute la nuit, la tint éveillée, enfiévrée, et comme lui-même ne dormit pas de peur de parler, il sentit qu'elle ferait tout pour n'être pas endormie. Mais n'avait-il pas été trop loin; et par cette menace n'allait-il pas la pousser à quelque acte désespéré: si elle se sauvait, si elle l'abandonnait? Que deviendrait-il sans elle? N'était-elle pas toute sa vie? Mais il se rassura en se disant qu'elle l'aimait trop pour qu'une séparation fût jamais possible. Après avoir cherché, elle viendrait sans doute d'elle-même à l'idée qu'il voulait qu'elle eût.

En effet, quand il rentra, le soir, elle lui dit que sa mère n'était pas en bonne santé et qu'elle le priait de l'examiner. De cet examen il résulta que madame Cormier était dans son état ordinaire; cependant elle se plaignait d'étouffements; dans la journée elle avait craint une syncope.

—Si tu voulais, dit-elle, je coucherais auprès de maman; j'ai peur de ne pas l'entendre cette nuit, si elle est souffrante.

Il commença par refuser, puis il consentit à cet arrangement; et, pour l'en remercier, elle resta avec lui dans son cabinet, affectueuse pleine de tendresse et de caresses, jusqu'au moment où il passa dans sa chambre.

Il était donc libre de dormir ou de ne pas dormir; qu'il gémît, qu'il parlât, elle ne l'entendrait point puisqu'il n'y avait pas de porte de communication entre sa chambre et celle de sa belle-mère; sa voix, à coup sûr, ne passerait pas à travers la cloison.