—Envers soi-même.

—Alors commencez par établir quels sont nos devoirs, et pour cela codifiez ce qui est bien et ce qui est mal.

—C'est facile, dit une voix.

—Facile si vous admettez un respect en quelque sorte inné de la vie humaine, de la propriété et de la famille. Mais vous reconnaîtrez que tous les hommes n'ont pas ce respect. Combien ne croient pas que c'est une faute de prendre la femme de leur ami, un crime de s'approprier une chose dont ils ont besoin, de supprimer un ennemi! Alors où sont les devoirs de ceux qui raisonnent et sentent ainsi? Que vaut leur satisfaction intérieure? C'est pourquoi je n'admets pas que la conscience soit un instrument de précision propre à qualifier ou à peser nos actions.

Il s'éleva quelques exclamations que Brigard réprima.

—A quelle règle obéira l'humanité, je vous prie? demanda-t-il.

—A celle de la force, qui est le dernier mot de la philosophie de la vie....

—....Ce qui conduit à une extermination progressive et savante. Est-ce là ce que vous voulez?

—Pourquoi non? Je ne recule pas devant une extermination qui allège l'humanité des non-valeurs qu'elle traîne sans pouvoir avancer et se dégager, succombant à la peine. N'y a-t-il pas tout profit pour elle à se débarrasser de ces non-valeurs qui obstruent son chemin?

—Au moins l'idée est bizarre chez un médecin, interrompit Crozat, puisqu'elle supprime les hôpitaux.