Elle prit la bougie et ils passèrent dans la cuisine qui, de même que la salle à manger était un laboratoire, était une étable où Saniel élevait, dans des cages, des cochons d'Inde et des lapins pour ses expériences, et où Joseph entassait pêle-mêle tout ce qui le gênait, sans avoir à prendre souci du fourneau ou de la grillade qui n'avaient jamais été allumés. Mais ils eurent beau fureter, leurs recherches furent vaines; il y avait de tout dans cette cuisine, excepté du bois à brûler; de vieux balais, des brosses à cirage, des choux pour les lapins, des carottes pour les cochons d'Inde, des amas de journaux, des caisses et des boîtes.
—Tu tiens à ces boîtes? demanda-t-elle en caressant un petit cochon qu'elle avait pris dans ses bras.
—Nullement; elles ont servi à emballer de la parfumerie et des spécialités pharmaceutiques; elles sont maintenant inutiles.
—Eh bien, on peut très joliment se chauffer avec ces planches; cassées, elles feront un beau feu clair et flambant.
Un vieux couperet rouillé se trouvait sur le fourneau; Saniel le prit et rapidement il fendit assez de caisses pour avoir une bonne provision de bois.
—Ce que c'est que d'être Auvergnat! dit-elle en riant; c'est à croire qu'en naissant vous recevez tous le génie du charbonnage.
—Alors tu te moques de moi?
—Non, mais tu coupes ton bois gravement, lugubrement, comme si tu dépeçais un malade, et je voudrais te faire rire un peu, en riant moi-même de toi, de moi, de n'importe qui, pourvu que tu te dérides.
Ils revinrent dans le cabinet, Saniel portant la provision de bois.
—Maintenant, mettons la table, dit-elle avec entrain.