Un petit guéridon pliant était placé devant la fenêtre, et Saniel s'en servait pour déjeuner bien souvent, avec l'assiette assortie que Joseph allait lui chercher chez le charcutier, ou avec la portion que fournissait le marchand de vin qui, quelques instants auparavant, était venu lui faire une scène; elle le prit et l'apporta devant la cheminée où elle l'ouvrit.

—Où est le linge? demanda-t-elle.

—C'est que je ne suis pas riche en linge; cependant j'ai dans cette armoire des serviettes que j'étale sur la poitrine et les épaules des gens que j'ausculte; voyons s'il y en a de propres.

Justement il en restait quatre, c'est-à-dire une de plus qu'il ne fallait.

—As-tu des assiettes, des couteaux, des fourchettes, des verres?

—Oui, dans une armoire de la salle à manger.

—Allons les chercher.

Cette salle à manger, où l'on n'avait jamais mangé, était la pièce la plus curieusement meublée de l'appartement. Point de table, point de chaises, point de buffet; mais, le long de la muraille, des planches en bois blanc formant étagère, et, sur ces planches, des matras, des ballons, des flacons à effilure horizontale ou verticale, des tubes de culture, des filtres, une étuve à gaz, un microscope, des tranches de pain, des morceaux de pomme de terre, çà et là des bocaux, des fioles, et aussi quelques livres, enfin le matériel d'un petit laboratoire de recherches bactériologiques: voilà, ce qu'était en effet cette salle où Saniel travaillait plus souvent et plus longuement que dans son cabinet de consultation.

C'était dans un placard que se trouvaient les cinq ou six assiettes, les trois couteaux, les verres qui composaient toute la vaisselle et la verrerie de Saniel.

—Tu es sûr qu'il n'y a pas de microbes dans les assiettes? demanda Philis en prenant ce qu'il fallait pour servir la table.