A la vérité, sa main avait été ferme, mais sa tête avait été affolée.
Il y avait là quelque chose d'humiliant qu'il fallait qu'il s'avouât et, ce qui était plus grave, d'inquiétant; car, par cela que tout avait marché à souhait jusqu'à présent, tout n'était pas fini et même rien n'était commencé.
Si les recherches que la justice allait entreprendre venaient jusqu'à lui, comment se défendrait-il?
Il se croyait bien certain de n'avoir pas été vu dans la maison de Caffié au moment où le crime avait été commis; mais sait-on jamais si on a été vu ou si on ne l'a pas été?
De même il y avait la provenance de l'argent qu'il allait employer pour payer ses dettes qui pouvait devenir une accusation contre laquelle il lui serait difficile de se défendre. «Vous étiez sans ressources hier, aux abois; comment, du jour au lendemain, vous êtes-vous procuré les sommes considérables pour vous, avec lesquelles vous avez désintéressé vos créanciers?»—Cette question, il l'entendait sans plus lui trouver de réponse maintenant qu'au moment où pour la première fois il l'avait examinée; et ce n'était plus pour un jour indéterminé qu'il fallait la résoudre, c'était pour demain; en tout cas, il devait se tenir prêt comme si certainement c'eût été pour le lendemain. Et ce qui pouvait la compliquer, c'était que Caffié, en homme de précaution qu'il était, eût pris soin de relever, sur un livre qu'on trouverait, les numéros de ses billets de banque.
En quittant la rue Sainte-Anne il avait pris la rue Neuve-des-Petits-Champs pour rentrer chez lui déposer ses billets de banque, faire disparaître les taches de sang qui avaient dû l'éclabousser et laver ses mains, surtout la droite, encore rouge; mais tout à coup l'idée lui passa par l'esprit qu'il pouvait être suivi et que ce serait folie de dire où il demeurait. Alors, pressant assez le pas pour forcer à courir celui qui le suivrait, il se lança devant lui, n'ayant d'autre souci que de prendre des rues mal éclairées, celles où il y avait peu de chances pour qu'on vît les taches, si elles se montraient sur ses vêtements, son linge ou ses chaussettes. Il marcha ainsi pendant une demi-heure environ, tournant et retournant sur sa piste, la brouillant, et après avoir traversé deux fois la place Vendôme où il avait pu voir loin derrière lui, il s'était décidé à rentrer, ne sachant trop s'il devait être satisfait d'avoir ainsi dérouté les recherches ou s'il ne devait pas plutôt être furieux d'avoir cédé à une sorte de panique.
Comme il passait devant la loge sans s'arrêter, son concierge l'appela et, sortant aussitôt, lui remit une lettre avec un empressement peu ordinaire; Saniel, qui voulait échapper à tout examen, la prit vivement et la fourra dans sa poche.
—C'est une lettre importante, dit le concierge; le domestique qui me l'a remise m'a dit qu'elle renfermait de l'argent.
Il fallait cette recommandation pour qu'en un pareil moment Saniel eût la pensée de l'ouvrir,—ce qu'il fit en entrant chez lui.
«Je ne veux pas, mon cher docteur, quitter Paris pour Monaco, où je vais passer deux ou trois mois, sans vous adresser tous nos remerciements.