Le lendemain, en s'éveillant, il se trouva que le calme de la nuit avait fait ce que le trouble de la soirée avait empêché: elle tenait sa situation, bien simple, bien bête, et telle qu'il fallait vraiment être endormie pour en avoir l'idée.
Aussitôt elle passa un peignoir et vivement elle entra dans la chambre de sa fille.
Corysandre était levée depuis longtemps déjà, et, assise dans un fauteuil devant sa fenêtre, sous l'ombre d'un store à demi baissé, elle paraissait absorbée dans la contemplation des cimes noires de la montagne qui se trouvait en face de leur chalet.
—Que fais-tu là? demanda madame de Barizel.
—Je réfléchis.
—A quoi?
—A ce que tu m'as dit hier.
—Et quel est le résultat de tes réflexions, je te prie?
—C'est de te prier de ne pas persévérer dans ton idée et de nous laisser être heureux tranquillement.
—Tu es folle. Moi aussi, j'ai réfléchi, et j'ai justement trouvé le moyen d'amener le duc de Naurouse à se prononcer aujourd'hui même. Tu comprends que ce n'est pas quand j'ai passé une partie de la nuit à chercher ce moyen et quand je suis certaine d'arriver à un résultat que je vais écouter tes billevesées: c'est à toi de m'écouter et de faire exactement ce que je vais te dire. Comprends-moi bien; suis mes instructions et avant un mois tu seras duchesse de Naurouse. Il doit venir tantôt, n'est-ce pas? Eh bien tu seras seule; je ferai la sieste après une mauvaise nuit et tu penseras que je ne dois pas me réveiller de sitôt; mais, au lieu d'en paraître fâchée, tu t'en montreras satisfaite. Voyons, ce ne peut pas être un chagrin pour toi de rester en tête à-tête avec le duc?