—Tu dis faux, s'écriait-elle, allons, reprenons et dis comme moi.
Mais elle insistait plus encore sur les mouvements, sur les attitudes, sur les regards.
—Ne t'inquiète pas trop de ce que tu dis, ni de la façon dont tu le dis; c'est dans tes yeux qu'est le succès, dans ton sourire, c'est dans tes lèvres roses, dans tes dents, dans les fossettes de tes joues; combien de fois ai-je vu des comédiennes dire faux et se faire cependant applaudir pour la musique de leur voix ou le charme de leur personne.
XXIII
Corysandre avait longuement répété son rôle dans la scène qu'elle devait jouer avec Roger; elle avait travaillé «ses yeux tendres», étudié «ses silences, ses intonations, ses gestes», et, au bout d'une grande heure, madame de Barizel s'était déclarée satisfaite.
—Je crois que ça marchera; ce soir, M. de Naurouse viendra m'adresser officiellement sa demande. Quelle joie!
Mais Corysandre n'avait pas partagé cette satisfaction, car ç'avait été plutôt par lassitude que par conviction, pour ne pas subir les ennuis d'une discussion sur un sujet qui la blessait, qu'elle s'était prêtée à cette comédie.
Comment sa mère n'avait-elle pas senti combien cela était révoltant? Sans doute, elle n'avait vu que le résultat à obtenir; mais qu'importait la légitimité du résultat si les moyens étaient misérables et honteux! Quelle tristesse! Quelle inquiétude pour elle d'être toujours en désaccord avec sa mère sur de pareils sujets! Elle eût été si heureuse de n'avoir pas à discuter et à se révolter! A qui la faute? Elle ne voulait pas condamner sa mère, et cependant elle ne pouvait pas ne pas se rappeler qu'avec son père ces désaccords n'avaient jamais existé et que tout ce que celui-ci disait, tout ce qu'il faisait lui paraissait, à elle, enfant, bien jeune encore, mais comprenant et jugeant déjà ce qui se passait autour d'elle, noble, généreux, juste, droit, élevé. Quelle différence, hélas! entre autrefois et maintenant!
Par son mariage elle échapperait à toutes les intrigues qui se nouaient autour d'elle, à toutes les discussions qu'elles soutenaient entre elle et sa mère, à tous les dégoûts qu'elles lui inspiraient; mais, si pressée qu'elle fût d'arriver à ce mariage qui devait l'affranchir, pouvait-elle en hâter l'heure par des moyens tels que ceux que sa mère lui conseillait?
Ce n'était pas seulement son honneur qui se refusait à cette comédie, c'était encore son amour lui-même qui s'indignait à cette pensée de tromperie: il n'y avait que trop de hontes et de misères dans sa vie, elle ne voulait pas que dans son amour il y eût un mauvais souvenir.