C'était en s'habillant qu'elle réfléchissait ainsi, et elle venait de terminer sa toilette lorsque sa mère rentra dans sa chambre.
—Comment, s'écria madame de Barizel, après l'avoir regardée, c'est ainsi que tu t'habilles en un jour comme celui-ci?
—Je me suis habillée comme tous les jours.
—C'est justement ce que je te reproche; tu dois être irrésistible.
Corysandre glissa un regard du côté de la glace.
—Tu veux dire que tu l'es, continua madame de Barizel, tu l'es comme tu l'étais hier, avant-hier; mais c'est plus qu'avant-hier, plus qu'hier, que tu dois l'être aujourd'hui, et différemment. Ne t'ai je pas expliqué que c'était par ta beauté, plus encore que par tes paroles, que tu devais enlever le duc de Naurouse: il faut donc que tu sois tout à ton avantage, avec quelque chose de provocant, de vertigineux qui ne lui laisse pas sa raison; et cette toilette-là n'est pas du tout ce qui convient. C'est quelque chose d'abominable qu'à ton âge tu ne saches pas encore ce qui fait perdre la tête à un homme. Défais-moi vite cette robe-là, ce col, et puis viens là que je t'arrange les cheveux; bas comme ils sont, ils te donnent l'air d'une fille de ministre qui va chanter des psaumes.
En un tour de main elle lui eut retroussé et relevé son admirable chevelure de façon à changer complètement le caractère de sa physionomie, qui, de calme et honnête qu'elle était, devint audacieuse.
—Maintenant, dit madame de Barizel, voyons la robe.
Elle ouvrit les armoires et, prenant les robes qui étaient accrochées là les unes à côté des autres, elle en jeta quelques-unes sur le lit, mais sans faire son choix; elle en garda une dans ses mains, et, l'examinant:
—Je crois que celle-là est ce qu'il nous faut: le corsage entr'ouvert, montrant bien le cou et un peu la gorge, c'est parfait; avec une petite croix se détachant bien sur la blancheur de la peau et qui attirera les yeux, tu seras à ravir. Essayons.