—C'est toi qui perds la tête! s'écria madame de Barizel.
Corysandre ne répondit pas.
Tout à coup madame de Barizel frappa ses deux mains l'une contre l'autre:
—Au fait, tu as raison, dit-elle joyeusement, ton idée est excellente; ah! ces jeunes filles! c'est quelquefois inspiré... Je n'avais pas pensé que le duc, malgré sa jeunesse, avait déjà beaucoup vécu, beaucoup aimé; il sera donc plus touché par l'innocence que par la provocation, et, si tu réussis bien ton mouvement en lui tendant la main, le contraste entre cet élan passionné et la toilette virginale sera très puissant sur lui. Adoptons donc la robe blanche, seulement je vais être obligée de changer une fois encore ta coiffure; mais je ne m'en plains pas, tu as eu une inspiration de génie.
De nouveau elle défit les cheveux de sa fille, les retroussant tout simplement et les réunissant en un gros huit; mais ceux du front s'échappèrent en petites boucles crêpées et frisantes qui frémissaient au plus léger souffle et que la lumière dorait en les traversant.
Elle voulut aussi mettre la main à la robe, et cela malgré Corysandre, qui aurait mieux aimé s'habiller seule.
Enfin, quand tout fut fini, elle recula de quelques pas, comme un peintre qui veut juger son ouvrage.
—Es-tu jolie! dit-elle; si le duc te résiste c'est qu'il est de glace; mais il ne te résistera pas. Si nous repassions un peu le mouvement de la main?
Mais Corysandre se refusa à cette nouvelle répétition.
—Si tu es sûre de toi, c'est parfait, dit madame de Barizel.