Cependant elle n'avait pas encore fini ses leçons et ses recommandations; quand la demie après deux heures sonna, elle voulut installer elle-même Corysandre dans le salon.
Elle plaça le fauteuil dans lequel elle fit asseoir sa fille, cherchant une pose gracieuse, l'essayant elle-même; puis elle disposa la chaise sur laquelle Roger devait s'asseoir pendant cet entretien, et elle calcula la distance qu'il lui faudrait pour être bien sous les yeux de Corysandre et pour tomber aux genoux de celle-ci.
Alors elle s'aperçut que sa fille n'était pas bien éclairée, et, comme le photographe qui manoeuvre ses écrans, elle remonta le store et drapa les rideaux de façon à ce que non seulement la lumière fût favorable à Corysandre, mais encore à ce que le duc, s'il prenait souci des regards curieux du dehors, se crût à l'abri de toute indiscrétion et pût en toute sécurité s'abandonner à son élan passionné.
—Que tu es donc jolie! répétait-elle à chaque instant; tu as un air embarrassé qui te va à merveille et qui est tout à fait en situation.
Ce n'était pas de l'embarras qui oppressait Corysandre, c'était la honte qui lui faisait baisser les yeux et l'empêchait de regarder sa mère.
Elle voulait ne rien dire cependant, mais elle ne fut pas maîtresse de retenir les paroles qui du coeur lui montaient aux lèvres et les serraient avec une sensation d'amertume.
—Il semble que je sois à vendre, dit-elle.
—Ne dis donc pas des niaiseries.
—Pour moi, ce n'est pas une niaiserie, mais je suis presque heureuse de penser que c'en est une pour toi.
Madame de Barizel la regarda un moment, puis elle haussa les épaules sans répondre, et une dernière fois elle passa l'inspection du salon pour voir si tout était bien disposé pour concourir au résultat qu'elle avait préparé et qu'elle attendait.