Ils revinrent à l'escalier, qui à cet endroit est très étroit et tourne dans une assez brusque révolution. Roger descendit le premier et Corysandre le suivit, indifférente, insensible à ce qui se passait autour d'elle, marchant sans regarder à ses pieds, toute à la pensée de la séparation que sa mère allait certainement lui imposer, n'étant pas femme à revenir sur une chose qu'elle avait dite: Roger ne s'était point prononcée il fallait quitter Bade. Quand, comment le reverrait-elle?

Tout à coup elle glissa sur une marche polie et elle se sentit tomber en avant; justement en face d'elle une petite fenêtre longue s'ouvrait sur le vide. Instinctivement elle crut qu'elle allait être précipitée par cette fenêtre, et, étendant les deux mains, elle laissa échapper un cri:

—Roger!

Le bruit de la glissade lui avait déjà fait retourner la tête. Vivement il lui tendit les bras et la reçut sur sa poitrine; comme il avait le dos appuyé contre la muraille, il ne fut pas renversé.

Elle était tombée la tête en avant et elle restait sur l'épaule de Roger, à demi cachée dans son cou; doucement il se pencha vers elle, et, la serrant dans ses deux bras, il lui posa les lèvres sur les lèvres. Alors à son baiser elle répondit par un baiser.

Longtemps ils restèrent unis dans cette étreinte passionnée.

Puis, faiblement, elle murmura quelques paroles:

—Vous m'aimez donc!

Mais à ce montent un bruit de pas et des éclats de voix retentirent an-dessous d'eux: c'étaient des visiteurs qui montaient et qui allaient les rejoindre.

Il fallut se séparer et descendre.