Madame de Barizel était restée en arrière. Tout à coup elle appela Corysandre, qui redescendit, tandis que Roger continuait de monter.

—Eh bien? demanda madame de Barizel à voix basse lorsque sa fille fut à portée de l'entendre. Corysandre, qui connaissait bien sa mère, s'attendait à cette question et elle avait préparé sa réponse.

—Il m'a dit qu'il m'aimait, murmura-t-elle.

—Enfin, peu importe; maintenant la victoire est à nous. Tu vois si j'avais raison dans mes prévisions et mes combinaisons; écoute-moi donc jusqu'au bout. Tant qu'il ne m'aura pas adressé sa demande, je te prie de t'arranger pour ne pas te trouver seule avec lui. Moi, de mon côté, je ferai en sorte que vous n'ayez pas de tête-à-tête, ceux que je vous ai ménagés étaient indispensables, maintenant ils seraient nuisibles. Il vaut mieux exaspérer le désir du duc et l'entretenir que de le satisfaire.

XXVII

Elle attendait la demande du duc de Naurouse pour le soir même; aussi fut-elle assez vivement surprise, lorsqu'en arrivant à Bade le duc prit congé d'elles sans avoir rien dit.

—Ce sera pour demain, pensa-t-elle.

Mais la journée du lendemain fut ce qu'avait été celle du dimanche, au moins quant à la demande attendue.

Évidemment il se passait quelque chose d'extraordinaire.

Depuis qu'elle s'était mis en tête de faire faire à Corysandre un grand mariage, elle vivait sous le coup d'une menace qui, se réalisant, pouvait anéantir ses espérances et toutes ses combinaisons: le passé. Qu'un de ces prétendants vînt à connaître ce passé, ne se retirerait-il pas?