—Avec toi, oui; mais avec moi? C'est dimanche qu'il t'a déclaré son amour; le soir même il devait me demander ta main ou en tous cas il devait le faire le lendemain; il ne l'a pas fait. Je dois donc, quoi qu'il m'en coûte, ne pas laisser cette cour se prolonger plus longtemps. A partir d'aujourd'hui notre porte sera fermée au duc.
Cela fut dit d'une voix ferme qui annonçait une volonté inébranlable.
Cependant, après quelques courts instants de silence, elle parut s'adoucir.
—Cela est terrible pour toi, ma pauvre fille, je le comprends, je le sens; mais que puis-je y faire?
—Pourquoi ne pas attendre? essaya Corysandre.
—Sois certaine que ça n'a pas été sans de longues hésitations, que je me suis arrêtée à cette résolution. Je l'ai balancée toute la nuit, ne pouvant pas me résoudre à te briser le coeur, prévoyant bien, sentant bien quelle serait ta douleur. Un moment j'ai cru avoir trouvé un moyen pour n'en pas venir à cette terrible extrémité et pour amener le duc à me demander ta main aujourd'hui même; mais, après l'avoir longuement examiné, j'y ai renoncé.
—Et pourquoi? s'écria Corysandre en se jetant sur cette espérance qui lui était présentée.
—Pour deux raisons: la première, c'est qu'il est un peu aventureux; la seconde, c'est que tu n'en voudrais peut-être pas.
—Je voudrai tout ce qui ne nous séparera pas.
—Tu dis cela.