—Il en est fier.

—Il en rêvera.

—Ton souvenir consolera ses vieux jours.

—Blaguez tant que vous voudrez, répliqua Raphaëlle, cela m'est égal; j'ai dit ce que je voulais dire.

Elle se mit alors à manger consciencieusement, en femme qui veut regagner le temps perdu, et, pendant le reste du dîner, elle ne chercha point à s'adresser à Roger en particulier, ne lui parlant que lorsqu'elle y était amenée naturellement par les hasards de la conversation.

Au dessert, Roger se leva et quitta la table.

—Comment, vous nous abandonnez? s'écria Balbine; c'est scandaleux!

—Et il a joliment raison! dit le prince de Kappel.

Sans plus répondre à ceux qui l'approuvaient qu'à ceux qui le blâmaient, Roger se retira pour se rendre auprès de Corysandre, et en chemin une question qu'il s'était déjà posée lui revint: Pourquoi Raphaëlle avait-elle essayé cette justification? Il était dans des dispositions où l'on se défie de tout et de tous: les étranges paroles que Mautravers lui avait adressées le matin, puis presque aussitôt la lettre anonyme que madame de Barizel lui avait communiquée, l'avaient mis sur ses gardes; il traversait bien évidemment une phase décisive, et des dangers, des embûches dressées par M. de Condrieu-Revel, devaient l'envelopper de toutes parts. On ne reculerait devant rien pour rompre son mariage. Cela était bien certain, il le savait, il le voyait, et ses soupçons ne devaient s'arrêter devant personne; mais enfin il lui paraissait difficile d'admettre que les explications de Raphaëlle pussent se rattacher à ces dangers, ou, si cela était, il ne voyait ni par où ni comment. Raphaëlle était trop intelligente pour croire qu'il pouvait revenir à elle, alors même qu'il croirait qu'elle s'était immolée, qu'elle s'était suicidée pour lui. Et si ce n'était pas cela qu'elle avait cherché, ce qui eût été absurde, il ne trouvait pas ce qu'elle avait pu vouloir, au moins en ce qui touchait son mariage.

XXXIII