Le lendemain matin, au moment où Roger allait descendre pour déjeuner, il entendit un bruit de voix dans son antichambre, et ce bruit se continuant comme s'il y avait une discussion entre Bernard et une personne qui voudrait entrer, il ouvrit sa porte.

La personne qui voulait entrer n'était autre que Raphaëlle, et Bernard, qui aimait à se substituer à son maître, s'imaginant que celui-ci ne devait pas être en disposition de recevoir une ancienne maîtresse, refusait de la recevoir:

—Puisque j'affirme à madame que M. le duc est sorti.

C'était sur ce mot que Roger avait ouvert la porte.

Sans daigner remettre le valet de chambre à sa place, Raphaëlle, passant devant lui, se hâta d'entrer.

Elle lui tendit la main en le regardant; il lui donna la sienne, mais ce ne fut pas bien franchement. Cette visite n'était pas pour lui plaire, pas plus que ce tutoiement auquel elle s'obstinait, bien qu'il eût évité de la tutoyer lui-même.

Elle parut ne pas s'en apercevoir et, tirant un fauteuil, elle s'assit.

—Sais-tu pourquoi j'ai tenu si fort à te présenter ma justification? lui demanda-t-elle.

—Pour te justifier probablement, répondit-il en employant de mauvaise grâce le tutoiement.

—Sans doute; mais tu me connais mal si tu t'imagines que je n'ai été guidée que par un motif étroitement personnel. Depuis notre séparation j'ai supporté ton mépris, trouvant, je te l'avoue, une joie orgueilleuse à me dire: «Il ne saura jamais ce que j'ai fait pour lui, mais il suffit que je le sache, moi.»—Et cela me suffisait réellement. Tu penses bien que dans ma vie j'ai eu des heures d'amertume, n'est-ce pas, et de dégoût? Mais quand, dans ces heures-là, je pensais à toi, j'étais tout de suite relevée et je redressais la tête quand je me disais: «Voilà ce que j'ai fait pour l'homme que j'aimais.» Eh bien! j'aurais continué à me taire s'il n'était pas venu un moment où j'ai eu besoin de ton estime, non pour moi, mais pour toi.