—Si tu savais, dit-elle, comme je suis peinée de te causer une douleur, moi qui voudrais tant t'éviter un chagrin, moi qui aurais voulu que mon souvenir ne fût pas associé à de mauvais souvenirs! Mais je suis comme une mère qui doit avoir le courage de frapper l'enfant qu'elle aime.

—Au fait, dit Roger, ces renseignements, ces preuves...

Après avoir résisté pour ne pas l'entendre, c'était lui maintenant qui la pressait de parler.

—Tu sais le nom de madame de Barizel, son nom de famille?

—Non.

—C'est fâcheux, car cela t'aurait permis de suivre les renseignements et les témoignages que je vais successivement te donner sur sa jeunesse, qui est la partie intéressante de sa vie; mais tu pourras savoir facilement ce nom même sans le lui demander. Elle a acheté un terrain aux Champs-Élysées, soi-disant pour construire dessus un hôtel, mais en réalité et tout simplement pour éblouir les épouseurs, et son nom de fille se trouve dans cet acte: Olympe de Boudousquié ou plutôt sans de, Olympe Boudousquié tout court, ainsi que le prouve, ce certificat de baptême, revêtu, comme tu le vois, de toutes les signatures et de toutes les cachets qui peuvent affirmer son authenticité.

Disant cela, elle prit dans sa liasse un papier qu'elle présenta à Roger, et, pendant qu'il lisait, elle continua:

—Tu vois: le père, Jérôme Boudousquié, professeur de musique; la mère, Rosalie Aitie, modiste, cela n'indique guère que la fille de ces gens-là ait droit à la particule, n'est-ce pas? Au reste, cette Rosalie Aitie était une personne remarquable par sa beauté, à laquelle il n'a manqué pour faire fortune qu'un autre théâtre que Natchez, qui est une petite ville de trois à quatre mille habitants, où une femme, même de talent (et il paraît qu'elle était douée), ne peut pas briller, et puis il y avait en elle un vice qui devait l'empêcher de s'élever: son sang; elle était d'origine noire, bien que parfaitement blanche...

Comme Roger avait laissé échapper un mouvement, elle s'interrompit pour prendre deux pièces qu'elle lui tendit:

—Ceci est prouvé; la mère de Rosalie Aitie était, tu le vois, une esclave.