Cependant il fallait qu'il parlât, qu'il se défendît, ou s'il ne se défendait pas, qu'il sût à quoi cela l'entraînait. Madame de Barizel, habile et avisée comme elle l'était, n'avait certes pas décidé une pareille aventure à la légère.
—Monsieur le commissaire, dit-il, je voudrais avoir quelques instants d'entretien avec vous.
—Je suis à votre disposition, monsieur le duc, répondit le commissaire, qui paraissait beaucoup mieux disposé en faveur des accusés que de l'accusateur.
—Mais, monsieur... s'écria madame de Barizel.
—Ne craignez rien, madame, la porte est gardée.
Avant de sortir, Roger regarda Corysandre comme pour lui demander pardon de la laisser seule; mais elle lui fit signe qu'elle avait compris. Alors il passa dans le salon avec le commissaire.
—Monsieur le commissaire, dit-il, c'est une question que je voudrais vous adresser si vous le permettez: vous avez parlé d'accusation tout à l'heure, cette accusation est-elle sérieuse? sur quoi porte-t-elle? à quoi expose-t-elle?
—Vous avez un code, monsieur le duc?
—Non.
—C'est cependant un livre qui devrait se trouver chez tout le monde, dit-il sentencieusement; enfin, puisque vous n'en avez pas, je vais tâcher de répondre à vos questions. Vous demandez si cette accusation est sérieuse? Oui, monsieur le duc, au moins par ses conséquences possibles. Les articles sous le coup desquels elle vous place sont les 354, 355, 356, 357 du code pénal, qui disent que quiconque aura enlevé ou détourné une fille au-dessous de seize ans subira la peine des travaux forcés à temps.