Roger ne fut pas maître de retenir un mouvement.

—C'est ainsi, monsieur le duc; on ne sait pas cela dans le monde, n'est-ce pas? Cependant telle est la loi. Elle dit aussi que, quand même la fille aurait consenti à son enlèvement ou suivi volontairement son ravisseur, si celui-ci est majeur de vingt-un ans ou au-dessus, il sera condamné aux travaux forcés à temps. Mademoiselle de Barizel, en affirmant qu'elle était venue librement chez vous, a paru vouloir vous innocenter; vous voyez qu'elle s'est trompée. N'oubliez pas cela, monsieur le duc. De même n'oubliez pas non plus le dernier article que je signale tout particulièrement à votre attention, et qui dit que dans le cas où le ravisseur épouserait la fille qu'il a enlevée, il ne pourrait être condamné que si la nullité de son mariage était prononcée. Dans l'espèce, vous sentez, n'est-ce pas, l'importance de cet article?

Baissant la tête, le commissaire adressa à Roger par-dessus ses lunettes un sourire qui en disait long.

—Vous avez deviné qu'on voulait me contraindre à ce mariage? dit Roger.

—Hé! hé! hé!

Il n'en dit pas davantage; mais il se frotta les mains, satisfait sans doute d'avoir été compris.

—J'ai un procès-verbal à dresser, dit-il, je puis m'installer ici, n'est-ce pas?

Il s'assit devant la table.

—Ce procès-verbal doit constater la porte fermée à clef, la tentative de fuite par l'escalier de service, le désordre de la toilette de la jeune personne. Pourquoi donc avez-vous fermé cette porte, monsieur le duc?

—Je n'ai pensé qu'à la mère et j'ai voulu lui échapper.