En réalité, il espérait bien n'avoir pas à attendre longtemps; Corysandre trouverait certainement un moyen pour lui faire savoir dans quel couvent elle était; et lui, de son côté, en trouverait un pour la tirer de ce couvent. Réunis, ils partiraient, et bien adroite serait madame de Barizel si elle les rejoignait.
Quant aux poursuites en détournement de mineure, il semblait, après la visite de Dayelle, qu'il ne devait pas s'en inquiéter; jamais madame de Barizel ne poursuivrait ce procès qui perdrait sa fille, et à la vengeance elle préférerait son intérêt.
Il se trouva avoir raisonné juste pour les poursuites, mais non pour Corysandre.
Des poursuites il n'entendit pas parler, si ce n'est par Nougaret, qui lui apprit que Dayelle avait fait des démarches auprès du commissaire de police et auprès de quelques autres personnes pour qu'on gardât le silence sur le procès-verbal, qui serait enterré.
De Corysandre il ne reçut aucune nouvelle; le temps s'écoula; la lettre qu'il attendait n'arriva pas. Il devait donc la chercher, la trouver; mais comment?
Madame de Barizel avait quitté Paris pour s'installer chez Dayelle, dans un château que celui-ci possédait aux environs de Poissy, et où il passait tous les ans la saison d'automne avec son fils et tout un cortège d'invités qui se renouvelaient par séries; en la surveillant adroitement, en la suivant, elle devait vous conduire au couvent où Corysandre était enfermée.
Mais il ne lui convenait pas de remplir ce rôle d'espion, et d'ailleurs il eût suffi que madame de Barizel pût soupçonner qu'elle était espionnée pour dérouter toutes les recherches; il lui fallait donc quelqu'un qui pût exercer cette surveillance avec autant de discrétion que d'habileté.
L'idée lui vint de demander à Raphaëlle de lui donner l'homme qu'elle avait envoyé en Amérique; sans doute il éprouvait bien une certaine répugnance à s'adresser à Raphaëlle; mais cet homme, en obtenant les renseignements relatifs à madame de Barizel, avait donné des preuves incontestables d'activité et d'habileté; il connaissait déjà celle-ci, et c'étaient là des considérations qui devaient l'emporter, semblait-il, sur sa répugnance; puisque c'était par Raphaëlle seule qu'il pouvait savoir qui était cet homme, il fallait bien qu'il le lui demandât.
Aux premiers mots qu'il lui adressa à ce sujet, elle parut embarrassée; mais bientôt elle prit son parti.
—C'est que la personne dont tu me parles, dit-elle, ne fait pas son métier de ces sortes d'affaires; c'est par amitié qu'elle a bien voulu me rendre ce service; en un mot, c'est mon père. Tu vois combien il est délicat que je lui demande de faire pour toi ce qu'il a bien voulu faire pour moi. Et puis, ce qui est délicat aussi, c'est de lui donner des raisons pour justifier à ses propres yeux son intervention. Ces raisons, je ne te les demande pas, elles ne me regardent pas. Mais lui, avant d'agir, voudra savoir pourquoi il agit. C'est un homme méticuleux, qui pousse certains scrupules à l'exagération; le type du vieux soldat. Enfin je vais tâcher de te l'envoyer; tu t'arrangeras avec lui.