—Mais non, cela me fait respirer.
—Cela vous épuise, au contraire.
Si les paroles étaient brutales, le ton sur lequel elles étaient dites était plus dur encore; alors Roger se tournait du côté opposé à celui où se tenait son ami et il s'efforçait de ne pas tousser; mais si l'on peut tousser volontairement, on ne peut pas ne pas tousser à volonté. Quand il sentait l'accès venir, il renvoyait Mautravers, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, s'ingéniant à en chercher.
Mais où il désirait surtout se débarrasser de lui, c'était quand Harly devait venir, afin d'avoir quelques instants de causerie intime et affectueuse qui le reposât.
Bien qu'il ne fît plus fonction de médecin, Harly n'en venait pas moins voir Roger tous les matins, et s'il ne lui prescrivait plus des remèdes qui, au point où en était arrivée la maladie, ne pouvaient pas avoir grande efficacité, il le réconfortait au moins par des paroles d'espérance et d'amitié aussi bonnes pour le coeur que pour l'esprit.
Ces heures du matin entre Harly et Crozat étaient les meilleures de la journée pour le malade, celles au moins qui lui faisaient oublier sa maladie et la gravité de son état.
Un jour Harly n'arriva pas seul: il amenait par la main une petite fille de dix à onze ans, qui portait une corbeille recouverte de feuilles.
—C'est ma fille, dit-il, qui a voulu malgré moi vous apporter la première cueille de son cerisier. Vous savez, votre cerisier?
—Comment si je sais; mais c'est là un des meilleurs souvenirs de ma vie. J'ai eu la joie de faire ce jour-là une heureuse, et c'est là un plaisir qui m'a été donné... ou que je me suis donné trop rarement; il est vrai qu'il est encore possible de rattraper le temps perdu.
—Certainement, dit Crozat.