—Ma famille, c'est toi
—Je ne suis pas seule.
—Ah! ne me parle ni de ton grand-père, ni de ton frère.
—Je le veux cependant, je le dois: à cette heure suprême ton coeur si bon, si droit, ne t'inspirera-t-il pas une parole de réconciliation?
—Ah! s'écria-t-il d'une voix rauque en se frappant la poitrine, quel coup tu viens de lui porter à ce coeur! ce mot que tu as prononcé «Je le dois», m'a fait tout comprendre. Et je m'imaginais que c'était de ton propre mouvement que tu étais venue.
Un accès de toux lui coupa la parole; mais assez vite il reprit, les joues rougies, les yeux étincelants:
—Tu ne savais pas hier que j'étais malade, j'en suis sûr, car les bruits de ce monde ne passent pas vos portes; c'est ton grand-père qui t'a prévenue en allant t'avertir que tu devais veiller à mon salut et aussi à assurer ma fortune à ton frère. Oh! tu sais que je le connais bien; je le vois d'ici avec sa mine paterne. Eh bien! pour mon salut, ne sois pas en peine: envoie-moi ton confesseur; tu seras en paix, n'est-ce pas? Mais pour ma fortune, jamais, tu entends, jamais ta famille n'en aura que ce que je ne puis pas lui enlever. Ah! si j'avais pu te la laissez sans craindre qu'elle passe à ton frère!
Elle l'interrompit:
—Tu juges mal notre grand-père, ce n'est point à ta fortune comme tu le dis qu'il a pensé, c'est à l'honneur de ton nom.
A son tour il lui soupa la parole: