—J'ai voulu te voir et j'en ai obtenu la permission de notre mère.

—Chère Christine, tu me donnes la plus grande des joies que je puisse goûter, et quand je n'espérais plus rien.

—Pourquoi parles-tu ainsi?

—Parce que c'est fini. Serais-tu là, près de moi, s'il en était autrement? C'est au mourant que tu viens dire adieu; c'est le mourant que tu viens consoler par ta chère présence, et c'est plus que la consolation que tu lui apportes: c'est l'oubli du présent, c'est le retour dans le passé, dans la jeunesse,—la nôtre, où je te trouve partout près de moi, avec moi, mon amie, ma soeur, mon bon ange.

Elle détourna la tête pour cacher son attendrissement; mais, après un moment de silence recueilli, elle attacha sur lui ses yeux émus, tandis que lui-même la regardait longuement, l'admirait, fraîche jeune, belle d'une beauté séraphique sous sa coiffe qui lui faisait une sorte d'auréole de sainte et de vierge.

Ils restèrent assez longtemps ainsi; puis tout à coup, en même temps, des larmes roulèrent dans leurs paupières et coulèrent sur leurs joues, sans qu'ils pensassent à les retenir ou à les cacher.

—Ah! Roger!

—Chère Christine!

Ce fut elle qui se remit la première, au moins ce fut elle qui parla:

—Ce retour dans le passé ne t'inspire-t-il pas un souvenir pour ta famille? dit-elle d'une voix vibrante.