Madame d'Arvernes avait suivi le mouvement du duc de Naurouse et elle avait très bien senti qu'il examinait curieusement ce jeune homme; elle se mit à sourire et, prenant un ton enjoué:

—Sans lui, je ne me serais pas consolée. Le vicomte de Baudrimont. Je te le présenterai, mais pas tout de suite; il nous gênerait.

Ces quelques paroles avaient été une douche glacée qui s'était abattue sur les épaules de Naurouse. Eh quoi, c'était quand il cherchait des mots adoucis et des périphrases pour lui répondre, qu'elle lui montrait si franchement son consolateur, ce beau garçon aux yeux passionnés! Et un moment il avait eu peur d'elle!

—Comment le trouves-tu? demanda madame d'Arvernes.

Cette interrogation acheva de lui rendre sa raison.

—Charmant, dit-il en riant.

—N'est-ce pas! Comme tu dis, il est charmant; beau garçon, tu vois qu'il l'est; bon, tendre, confiant, il l'est aussi; c'est une excellente nature, mais malgré toutes ses qualités, et elles sont réelles, elles sont nombreuses, tu sais, ce n'est pas toi. Ah! Roger, comme je t'ai aimé et comme tu m'as fait souffrir! Si ce garçon n'avait pas été là, je serais devenue folle.

—Il était là.

—Heureusement; mais enfin ce n'est pas toi, mon Roger.

Disant cela, elle fixa sur son Roger un regard dans lequel il y avait tout un monde de souvenirs et même peut-être autre chose que des souvenirs; mais l'heure de l'émotion était passée; maintenant il était décidé à prendre la situation gaiement.