—Ah! pourquoi es-tu parti? continua madame d'Arvernes, nous nous aimerions toujours. Moi, jamais je ne me serais séparée de toi. Mais tu as voulu être chevaleresque. Quelle folie! Tu vois à quoi a servi ce sacrifice; car cela a été un sacrifice pour toi, n'est-ce pas?

—N'as-tu pas vu ma lutte, mes hésitations après que j'avais donné ma parole, ma douleur, mon désespoir? Que pouvais-je?

—C'est vrai et je suis injuste en demandant à quoi a servi ton sacrifice. Je ne suis pas pour M. de Baudrimont ce que j'étais pour toi; il n'est pas pour moi ce que tu étais; je ne suis pas fière de lui comme je l'étais de toi; je ne m'en pare pas. Pour le monde, il n'y a rien à blâmer: les convenances sont sauves, c'est plat, c'est bourgeois. M. d'Arvernes est heureux. Mais toi, comment t'es-tu consolé? Qui t'a consolé?

—Personne.

Elle le regarda avec un sourire équivoque en se serrant contre lui:

—Ah! Carino, murmura-t-elle.

Mais cette pression, qui naguère le secouait de la tête aux pieds, arrêtait le sang dans ses veines et contractait tous ses nerfs, le laissa insensible et froid.

Il y eut un moment de silence, puis elle reprit:

—Nous allons dîner ensemble...

—Mais...