Et, serrant le bras de Roger contre le sien comme par un mouvement de sympathie:
—D'abord ce qui vous touche de près: Madame d'Arvernes n'a point été malade de désespoir après votre départ; elle a reçu les consolations d'un très joli garçon qu'elle a été découvrir en province, je ne sais où, le vicomte de Baudrimont.
—J'ai dîné hier avec lui et avec madame d'Arvernes.
—Vous savez, Naurouse, vous êtes admirable avec votre flegme.
Si Roger n'avait jamais voulu avouer qu'il était l'amant de madame d'Arvernes alors qu'il l'aimait, il n'était pas plus disposé à un aveu de ce genre maintenant que tout était fini entre elle et lui.
—Où voyez-vous ce flegme? dit-il froidement. Vous me racontez des histoires de madame d'Arvernes qui sont curieuses jusqu'à un certain point, mais qui ne me touchent pas de près comme vous pensez; il est donc tout naturel qu'elles ne m'émeuvent point.
Savine marcha un moment en silence en fouettant l'air de sa canne; heureusement ils arrivaient devant la Conversation et le mouvement de la foule, le bruit de la musique, le brouhaha des gens qui allaient çà et là empressés ou nonchalants empêchèrent ce silence de devenir trop embarrassant pour l'un comme pour l'autre.
D'ailleurs Roger ne pensait plus à Savine, il cherchait s'il n'apercevrait point sa belle jeune fille blonde de la veille: elle était précisément à la place même où il l'avait vue et près d'elle se trouvait la dame dont il avait remarqué l'air dur.
Toutes deux en même temps firent une inclinaison de tête du côté de Savine, un sourire amical accompagné d'un geste de main qui semblait une invitation à les aborder.
—Vous connaissez cette admirable jeune fille? demanda Roger lorsqu'ils eurent fait quelques pas.