—Ce n'est pas du duc de Naurouse qu'il s'agit: c'est de Savine, le seul qui, présentement, doit te plaire.
—Il ne me plaît point.
—Ne vas-tu pas maintenant te mettre dans la tête que tu es libre de n'épouser que l'homme qui te plaira?
—Je le voudrais.
—Une fille ne doit voir dans un homme qu'un mari, le reste vient plus tard; on a toute sa vie de mariage pour cela. Savine est-il ou n'est-il pas un mari désirable pour toi?...
—Pour nous.
—Ne m'agace pas; ton mariage est assuré si tu le veux, je mettrais tout en oeuvre pour qu'il réussît.
—Mais il me semble que le prince n'offre rien jusqu'à présent: il paraît prendre plaisir à être avec nous, à se montrer avec nous partout où l'on peut le remarquer; il nous offre beaucoup son bras, quelquefois ses voitures, en tout cas je ne vois pas qu'il m'offre de devenir sa femme; à vrai dire, je ne crois même pas qu'il en ait l'idée.
—S'il ne l'a pas encore eue, cette idée, c'est ta faute; ce n'est pas en étant ce que tu es avec lui que tu peux échauffer sa froideur. Je t'avais dit qu'il était l'orgueil même et que c'était par là qu'il fallait le prendre. L'as-tu fait? Des compliments, les éloges les plus exagérés, il les boit avec béatitude: lui en as-tu jamais fait?
—Cela m'ennuie.