Madame de Barizel se mit à rire:

—J'ai eu peur que tu n'aies froid pour te ménager un tête-à-tête avec le duc de Naurouse, je t'ai fait faire une promenade en bateau pour continuer ce tête-à-tête, ce qui deux fois a rendu le prince furieux. C'est en l'éperonnant ainsi que nous le ferons avancer malgré lui. Et c'est à cela que le duc de Naurouse nous servira.

—Pauvre duc de Naurouse!

—Vas-tu pas le plaindre plutôt; il sera bien heureux, au contraire; sans compter qu'il aura le plaisir de nous rendre un fameux service. Mais ce qui serait tout à fait aimable de sa part, ce serait d'être en situation de fortune d'inspirer des craintes réelles à Savine et d'être, comme mari possible, un rival redoutable. C'est ce qu'il me faut savoir et ce que je saurai demain par Leplaquet ou, en tout cas, après-demain par M. Dayelle, que j'attends. Maintenant, va dormir, car je crois bien que Coralie ne rentrera pas. Rêve du duc de Naurouse, si tu veux, de son grand air, de sa mine fière, de ses yeux doux, cela te fera trouver ton lit moins mauvais. Bonne nuit, princesse!

—Bonne nuit, financière!

XI

Quand Leplaquet n'avait pas vu madame de Barizel le soir, il avait pour habitude de venir le lendemain matin déjeuner d'une tasse de thé avec elle pour parler de la journée écoulée et s'entendre sur la journée qui commençait: c'était l'heure des confidences, des renseignements, des conseils, des projets, où tout se disait librement, comme il convient entre associés qui n'ont qu'un même but et qui travaillent consciencieusement à l'atteindre en unissant leurs efforts.

Lorsqu'il venait ainsi, on faisait pour lui ce qui était interdit pour tout autre: on l'introduisait dans la chambre de madame de Barizel, qui avait l'habitude de rester tard au lit, un peu parce qu'elle aimait à dormir la grasse matinée, et aussi parce qu'elle trouvait qu'elle était là mieux que nulle part pour suivre les caprices de son imagination, toujours en travail, et échafauder ses combinaisons. Il n'y avait pas à se gêner avec Leplaquet, qui, dans sa vie de bohème, en avait vu d'autres et qui n'avait de dégoûts d'aucunes sortes.

Lorsqu'il entra, madame de Barizel venait de s'éveiller, et, comme elle n'avait point été dérangée, elle était de belle humeur.

—Je vous attendais, dit-elle en sortant sa main de dessous le drap et en la tendant, à Leplaquet, qui la baisa galamment, il y a du nouveau.