XIV

Comme c'était le soir même, après le dîner, que Dayelle devait adresser son étrange discours au duc de Naurouse, il voulut se préparer pendant la journée en répétant à Corysandre ce qu'il avait dit le matin à madame de Barizel sur le jeune duc. Malheureusement pour son éloquence, Corysandre ne lui facilita point sa tâche, et, malgré le tact que madame de Barizel lui avait reconnu le matin, il s'arrêta plusieurs fois, embarrassé pour continuer.

Aux premiers mots Corysandre avait souri, heureuse qu'on lui parlât du duc de Naurouse; mais, quand elle avait vu que ce n'était pas du tout l'éloge qu'elle attendait que Dayelle entreprenait, elle avait pris sa mine la plus dédaigneuse, et, malgré les signes désespérés de sa mère, elle avait répondu d'une façon peu révérencieuse aux observations qui la contrariaient:

—Alors il a fait des dettes, M. de Naurouse?

—Des dettes considérables.

—Et il les a payées?

—Mais sans doute.

—Eh bien? cela ne prouve pas, il me semble, que ce soit un jeune homme désordonné, au contraire.

Sur un autre sujet plus délicat que Dayelle avait traité avec toutes sortes de ménagements, elle avait répondu sur le même ton.

—Alors il a eu des maîtresses, M. de Naurouse?