«Dis de ma part à Oneux de la mettre aux wagonets[1], et ouste! plus vite que ça.
— Qu'est-ce que c'est que les wagonets?» demanda Perrine en suivant Rosalie à travers les vastes cours qui séparaient les ateliers les uns des autres. Serait-elle en état d'accomplir ce travail, en aurait-elle la force, l'intelligence? fallait-il un apprentissage? toutes questions terribles pour elle, et qui l'angoissaient d'autant plus que maintenant qu'elle se voyait admise dans l'usine, elle sentait qu'il dépendait d'elle de s'y maintenir.
«N'ayez donc pas peur, répondit Rosalie qui avait compris son émotion; rien n'est plus facile.»
Perrine devina le sens de ces paroles plutôt qu'elle ne les entendit; car, depuis quelques, instants déjà, les machines, les métiers s'étaient mis en marche dans l'usine, morte lorsqu'elle y était entrée, et maintenant un formidable mugissement, dans lequel se confondaient mille bruits divers, emplissait les cours; aux ateliers, les métiers à tisser battaient, les navettes couraient, les broches, les bobines tournaient, tandis que dehors les arbres de transmission, les roues, les courroies, les volants, ajoutaient le vertige des oreilles à celui des yeux.
«Voulez-vous parler plus fort? dit Perrine, je ne vous entends pas.
— L'habitude vous viendra, cria Rosalie, je vous disais que ce n'est pas difficile; il n'y a qu'à charger les cannettes sur les wagonets; savez-vous ce que c'est qu'un wagonet?
— Un petit wagon, je pense.
— Justement, et quand le wagonet est plein, à le pousser jusqu'au tissage où on le décharge; un bon coup au départ, et ça roule tout seul.
— Et une cannette, qu'est-ce que c'est au juste?
— Vous ne savez pas ce que c'est qu'une cannette? oh! Puisque je vous ai dit hier que les cannetières étaient des machines à préparer le fil pour les navettes; vous devez bien voir ce que c'est.