— Parce qu'il est avec des mécaniciens anglais qui viennent d'arriver pour monter une machine et qu'il ne peut pas se faire comprendre. Il a amené avec lui M. Mombleux, qui parle anglais à ce qu'il dit; mais l'anglais de M. Mombleux n'est pas celui des mécaniciens, si bien qu'ils se disputent sans se comprendre, et le patron est furieux; c'était à mourir de rire. À la fin, M. Mombleux n'en pouvant plus, et espérant calmer le patron, a dit qu'il y avait aux cannettes une jeune fille appelée Aurélie qui parlait l'anglais, et le patron m'a envoyé vous chercher.»

Il y eut un moment de silence; puis, de nouveau, il se tourna vers elle.

«Vous savez que si vous parlez l'anglais comme M. Mombleux, vous feriez peut-être mieux de descendre tout de suite.»

Il prit un air gouailleur:

«Faut-il arrêter?

— Vous pouvez continuer.

— Ce que j'en dis, c'est pour vous.

— Je vous remercie.»

Cependant, malgré la fermeté de sa réponse elle n'était pas sans éprouver une angoisse qui lui étreignait le coeur, car si elle était sûre de son anglais, elle ignorait quel était celui de ces mécaniciens, qui n'était pas celui de M. Mombleux, comme disait Guillaume en se moquant; puis elle savait que chaque métier a sa langue ou tout au moins ses mots techniques, et elle n'avait jamais parlé la langue de la mécanique. Qu'elle ne comprit pas, qu'elle hésitât, et M. Vulfran n'allait-il pas être furieux contre elle, comme il l'avait été contre M. Mombleux?

Déjà ils approchaient des usines de Saint-Pipoy, dont on apercevait les hautes cheminées fumantes, au-dessus des cimes des peupliers; elle savait qu'à Saint-Pipoy on faisait la filature et le tissage comme à Maraucourt, et que, de plus, on y fabriquait des cordages et des ficelles; seulement, qu'elle sût cela ou l'ignorât, ce qu'elle allait avoir à entendre et à dire ne s'en trouvait pas éclairci.