— Parce que maman m'avait fait promettre de ne pas rester à Paris quand elle ne serait plus là, et d'aller dans le Nord, auprès de la famille de mon père.
— Alors pourquoi es-tu venue ici?
— Quand ma pauvre maman est morte, il nous avait fallu vendre notre voiture, notre âne, le peu que nous avions, et cet argent avait été épuisé par la maladie; en sortant du cimetière il me restait cinq francs trente-cinq centimes, qui ne me permettaient pas de prendre le chemin de fer. Alors je me décidai à faire la route à pied.»
M. Vulfran eut un mouvement dans les doigts dont elle ne comprit pas la cause.
«Pardonnez-moi si je vous ennuie, monsieur, je dis sans doute des choses inutiles.
— Tu ne m'ennuies pas; au contraire, je suis content de voir que tu es une brave fille; j'aime les gens de volonté, de courage, de décision, qui ne s'abandonnent pas; et si j'ai plaisir à rencontrer ces qualités chez les hommes, j'en ai un plus grand encore à les trouver chez un enfant de ton âge. Te voilà donc partie avec cent sept sous dans ta poche…
— Un couteau, un morceau de savon, un dé, deux aiguilles, du fil, une carte routière; c'est tout.
— Tu sais te servir d'une carte?
— Il faut bien, quand on roule par les grands chemins; c'était tout ce que j'avais sauvé du mobilier de notre voiture.»
Il l'interrompit: