— Ne t'inquiète pas, ma chérie, ce n'est rien; on vit très bien sans manger quand on n'a pas d'efforts à faire; avec le repos l'appétit reviendra.»

Elle défit son fichu et s'allongea sur son matelas haletante, mais si faible qu'elle fût elle ne perdit pas la pensée de sa fille, et en la voyant les yeux gonflés de larmes elle s'efforça de la distraire:

«Ton riz est très bon, mange-le; puisque tu travailles tu dois te soutenir; il faut que tu sois forte pour me soigner; mange, ma chérie, mange.

— Oui, maman, je mange; tu vois, je mange.»

À la vérité elle. devait faire effort pour avaler, mais peu à peu, sous l'impression des douces paroles de sa mère, sa gorge se desserra, et elle se mit à manger réellement; alors l'écuelle de riz disparut vite, tandis que sa mère la regardait avec un tendre et triste sourire:

«Tu vois qu'il faut se forcer.

— Si j'osais, maman!

— Tu peux oser.

— Je te répondrais que ce que tu me dis, c'était cela même que je te disais.

— Moi, je suis malade.