À huit heures Perrine dînait seule à sa table dans la salle commune une serviette sur ses genoux; à huit heures et demie elle allait chercher ses vêtements qui se trouvaient prêts; et à neuf heures, dans son cabinet dont elle fermait la porte à clef, elle se coucha un peu troublée, un peu grisée, la tête vacillante, mais au fond pleine d'espoir. Maintenant on allait voir.
Ce qu'elle vit le lendemain matin, lorsqu'après avoir donné ses ordres à ses chefs de service qu'il appelait par une sonnerie aux coups numérotés dans le tableau électrique du vestibule, M. Vulfran la fit venir dans son cabinet, ce fut un visage sévère qui la déconcerta, car bien que les yeux qui se tournèrent vers elle à son entrée fussent sans regards, elle ne put se méprendre sur l'expression de cette physionomie qu'elle connaissait pour l'avoir longuement observée.
Assurément ce n'était pas la bienveillance qu'exprimait cette physionomie, mais plutôt le mécontentement et la colère.
Qu'avait-elle donc fait de mal qu'on pût lui reprocher?
À cette question qu'elle se posa, elle ne trouva qu'une réponse: ses achats, chez Mme Lachaise, étaient exagérés. D'après eux M. Vulfran jugeait son caractère. Et elle qui s'était si bien appliquée à la modération et à la discrétion. Que fallait-il donc qu'elle achetât, ou plutôt n'achetât point?
Mais elle n'eut pas le temps de chercher. M. Vulfran lui adressait la parole d'un ton dur:
«Pourquoi ne m'as-tu pas dit la vérité?
— À propos de quoi ne vous aurais-je pas dit la, vérité? demanda- elle effrayée.
— À propos de ta conduite depuis ton arrivée ici?
— Mais je vous affirme, monsieur, je vous jure que je vous ai dit la vérité.