— Je vais la raconter à tante Zénobie; ce que ça la fera rager!
— Ne l'excitez pas contre moi.
— L'exciter contre vous! maintenant, il n'y a pas de danger; quand elle saura la place que. M. Vulfran vous donne, vous n'aurez, pas de meilleure amie… de semblant; vous verrez demain; seulement si vous ne voulez, pas que le Mince apprenne vos affaires, ne les lui dites pas à elle.
— Soyez tranquille.
— C'est qu'elle est maline.[2]
— Mais me voilà avertie.»
À trois heures, comme il l'en avait prévenue, M. Vulfran sonna Perrine, et ils partirent, en voiture, pour faire la tournée habituelle des usines, car il ne laissait pas passer un seul jour sans visiter les différents établissements, les uns les autres, sinon pour tout voir, au moins pour se faire voir, en donnant ses ordres à ses directeurs, après avoir entendu leurs observations; et encore y avait-il bien des choses dont il se rendait compte lui-même, comme s'il n'avait point été aveugle, par toutes sortes de moyens qui suppléaient ses yeux voilés,
Ce jour-là ils commencèrent la visite par Flexelles, qui est un gros village, où sont établis les ateliers du peignage du lin et du chanvre; et en arrivant dans l'usine, M. Vulfran, au lieu de se faire conduire au bureau du directeur, voulut entrer, appuyé sur l'épaule de Perrine, dans un immense hangar où l'on était en train d'emmagasiner des ballots de chanvre qu'on déchargeait des wagons qui les avaient apportés.
C'était la règle que partout où il allait, on ne devait pas se déranger pour le recevoir, ni jamais lui adresser la parole, à moins que ce ne fût pour lui répondre. Le travail continua donc comme s'il n'était pas là, un peu plus hâté seulement dans une régularité générale.
«Écoute bien ce que je vais t'expliquer, dit-il à Perrine, car je veux pour la première fois tenter l'expérience de voir par tes yeux en examinant quelques-uns de ces ballots qu'on décharge. Tu sais ce que c'est que la couleur argentine, n'est-ce pas?»