Disant cela, d'un air d'autorité, elle ouvrit les uns après les autres les tiroirs de la commode, et méprisante, elle les referma d'un mouvement brusque en haussant les épaules avec pitié.
«Je m'en doutais, reprit-elle, c'est misérable, indigne de vous.»
Perrine, suffoquée, ne répondit rien.
«Vous avez de la chance, continua Mme Bretoneux, que je sois venue à Maraucourt, et que je me charge de vous.»
Le mot qui monta aux lèvres de Perrine fut un refus: elle n'avait pas besoin qu'on se chargeât d'elle, surtout avec de pareils procédés; mais elle eut la force de le refouler: elle avait un rôle à remplir, rien ne devait le lui faire oublier; après tout, c'étaient les paroles de Mme Bretoneux qui étaient mauvaises et dures, ses intentions, au contraire, s'annonçaient bonnes et généreuses.
«Je vais dire à mon frère, reprit Mme Bretoneux, qu'il doit vous commander chez une couturière d'Amiens dont je lui donnerai l'adresse, la robe et le costume qui vous sont indispensables, et de plus, chez une bonne lingère, un trousseau complet. Fiez-vous- en à moi, vous aurez quelque chose de joli, qui à chaque instant, je l'espère au moins, me rappellera à votre souvenir. Là-dessus dormez bien, et n'oubliez rien de ce que je vous ai dit.»
XXV
«Faire tout ce qu'elle pourrait pour M. Vulfran» ne signifiait pas du tout, aux yeux de Perrine, ce que Mme Bretoneux avait cru comprendre; aussi se garda-t-elle de jamais dire un mot à Casimir des recherches qui se poursuivaient aux Indes et en Angleterre.
Et cependant, quand il la rencontrait seule, Casimir avait une façon de la regarder qui aurait dû provoquer les confidences.
Mais quelles confidences eût-elle pu faire, alors même qu'elle se fût décidée à rompre le silence que M. Vulfran lui avait commandé?