Ils partirent ainsi, Palikare marchant gravement conduit par Perrine, et à travers des rues, où il n'y avait que peu de voitures et de passants, ils arrivèrent à un pont très large, aboutissant à un grand jardin.

«C'est le Jardin des Plantes, dit Grain de Sel, je suis sûr qu'ils n'ont pas un âne comme le tien.

— Alors on pourrait peut-être le leur vendre», dit Perrine pensant que dans un jardin zoologique les bêtes n'ont qu'à se promener.

Mais Grain de Sel n'accueillit pas cette idée:

«Des affaires avec le gouvernement, dit-il, il n'en faut pas… parce que le gouvernement…»

Il n'avait pas la confiance de Grain de Sel, le gouvernement.

Maintenant la circulation des voitures et des tramways était si active que Perrine avait besoin de toute son attention pour se diriger au milieu de leur encombrement, aussi n'avait-elle d'yeux ni d'oreilles pour rien autre chose, ni pour les monuments devant lesquels ils passaient, ni pour les plaisanteries que les charretiers et les cochers leur adressaient, mis en gaieté et en esprit par l'attitude de Grain de Sel sur l'âne. Mais lui, qui n'avait pas les mêmes préoccupations, n'était pas embarrassé pour leur répondre joyeusement, et cela faisait sur leur parcours un concert de cris et de rires auquel les passants des trottoirs mêlaient leur mot.

Enfin, après une légère montée, ils arrivèrent devant une grande grille au delà de laquelle s'étendait un vaste espace que des lisses séparaient en divers compartiments dans lesquels se trouvaient des chevaux; alors Grain de Sel mit pied à terre.

Mais pendant qu'il descendait, Palikare avait eu le temps de regarder devant lui, et, quand Perrine voulut lui faire franchir la grille, il refusa d'avancer. Avait-il deviné que c'était un marché où l'on vendait les chevaux et les ânes? Avait-il peur? Toujours est-il que malgré les paroles que Perrine lui adressait sur le ton du commandement ou de l'affection, il persista dans sa résistance. Grain de Sel crut qu'en le poussant par derrière il le ferait avancer, mais Palikare, qui ne devina pas quelle main se permettait cette familiarité sur sa croupe, se mit à ruer en reculant et en entraînant Perrine.

Quelques curieux s'étaient aussitôt arrêtés et faisaient cercle autour d'eux; le premier rang étant comme toujours occupé par des porteurs de dépêches et des pâtissiers; chacun disait son mot et donnait son conseil sur les moyens à employer pour l'obliger à passer la porte.