«V'la les gendarmes, cria une autre, sauve-toi.»
Elle retourna vivement la tête et toutes partirent d'un éclat de rire, s'amusant de leur plaisanterie.
Elle n'alla pas loin et bientôt elle dut s'arrêter, ne voyant plus son chemin tant ses yeux étaient pleins de larmes; que leur avait- elle fait pour qu'elles fussent si dures!
Décidément, pour les vagabonds le travail est aussi difficile à trouver que les gros sous. La preuve était faite. Aussi n'osa-t- elle pas la répéter, et continua-t-elle son chemin, triste, n'ayant pas plus d'énergie dans le coeur que dans les jambes.
Le soleil de midi acheva de l'accabler: maintenant elle se traînait plutôt qu'elle ne marchait ne pressant un peu le pas que dans la traversée des villages pour échapper aux regards, qui, s'imaginait-elle, la poursuivaient, le ralentissant au contraire quand une voiture venant derrière elle allait la dépasser; à chaque instant, quand elle se voyait seule, elle s'arrêtait pour se reposer et respirer.
Mais alors c'était sa tête qui se mettait en travail, et les pensées qui la traversaient, de plus en plus inquiétantes, ne faisaient qu'accroître sa prostration.
À quoi bon persévérer, puisqu'il était certain qu'elle ne pourrait pas aller jusqu'au bout?
Elle arriva ainsi dans une forêt à travers laquelle la route droite s'enfonçait à perte de vue, et la chaleur, déjà lourde et brûlante dans la plaine, s'y trouva étouffante: un soleil de feu, pas un souffle d'air, et des sous-bois comme des bas côtés du chemin montaient des bouffées de vapeur humide qui la suffoquaient.
Elle ne tarda pas à se sentir épuisée, et, baignée de sueur, le coeur défaillant, elle se laissa tomber sur l'herbe, incapable de mouvement comme de pensée.
À ce moment une charrette qui venait derrière elle passa: