«Fait-y donc chaud, dit le paysan qui la conduisait assis sur un des limons, faut mouri.»

Dans son hallucination, elle prit cette parole pour la confirmation d'une condamnation portée contre elle.

C'était donc vrai qu'elle devait mourir: elle se l'était, déjà dit plus d'une fois, et voilà que ce messager de la Mort le lui répétait.

Hé bien, elle mourrait; il n'y avait à se révolter, ni à lutter plus longtemps; elle le voudrait, qu'elle ne le pourrait plus; son père était mort, sa mère était morte, maintenant c'était son tour.

Et, de ces idées qui traversaient sa tête vide, la plus cruelle était de penser qu'elle eut été moins malheureuse de mourir avec eux, plutôt que dans ce fossé comme une pauvre bête.

Alors elle voulut faire un dernier effort, entrer sous bois et y choisir une place où elle se coucherait pour son dernier sommeil, à l'abri des regards curieux. Un chemin de traverse s'ouvrait à une courte distance, elle le prit et, à une cinquantaine de mètres de la route, elle trouva une petite clairière herbée, dont la lisière était fleurie de belles digitales violettes. Elle s'assit à l'ombre d'une cépée de châtaignier, et, s'allongeant, elle posa sa tête sur son bras, comme elle faisait chaque soir pour s'endormir.

X

Une sensation chaude sur le visage la réveilla en sursaut, elle ouvrit les yeux, effrayée, et vit vaguement une grosse tête velue penchée sur elle.

Elle voulut se jeter de côté, mais un grand coup de langue appliqué en pleine figure la retint sur le gazon.

Si rapidement que cela se fut passé elle avait eu cependant le temps de se reconnaître: cette grosse tête velue était celle d'un âne; et, au milieu des grands coups de langue qu'il continuait à lui donner sur le visage et sur ses deux mains mises en avant, elle avait pu le regarder.