—C'est précisément parce qu'il m'est cher, murmura-t-elle, que je ne puis pas être sa femme.

C'était une discussion à soutenir, mais maintenant M. de Chambrais ne la redoutait point: le coup avait ouvert une brèche par où il devait emporter toute résistance s'il manoeuvrait adroitement.

—Tu l'aimes et tu ne peux pas être sa femme!

—Je ne suis pas digne de lui.

—C'est la faute qui fait l'indignité: où est ta faute?

—Suis-je la jeune fille qu'il suppose?

Il eut un geste d'impatience:

—Quelle drôle de façon de juger la vie quand on ne la connaît pas. Assurément il n'est pas dans mon intention de t'enlever tes illusions sur le monde, en te le montrant aussi vilain qu'il est; mais enfin il faut bien que je te dise qu'il arrive sou... mettons quelquefois pour ne pas exagérer, il arrive quelquefois qu'une jeune fille commet une faute, tu entends, commet, c'est-à-dire qu'elle participe à la responsabilité d'une faute, pour cela ne se marie-t-elle point? S'il en était ainsi je t'assure que la statistique du mariage serait changée. Quelle faute as-tu commise, toi? Où est ta responsabilité? De quoi es-tu coupable? Une mauvaise pensée-a-t-elle jamais traversé ton esprit, occupé ton coeur? As-tu une légèreté de conscience, une imprudence de conduite à te reprocher?

—J'ai ma fille.

—Cette naissance de hasard fait-elle que tu ne sois plus la jeune fille, la chaste jeune fille que étais il y a deux ans? A-t-elle laissé une souillure dans ton âme? une trace quelconque en toi?