—Je le ferai si vous ne le faites pas vous-même, je vous en donne ma parole; réfléchissez à ce que je vous dis, vous êtes prévenue. Adieu.
Pour ne pas être surpris devant cette porte, écoutant, le baron monta rapidement quelques marches de l'escalier, comme s'il se rendait à un étage supérieur.
Presque aussitôt un homme tira la porte de l'appartement du prince et la referma derrière lui avec fracas.
Le baron s'était à demi retourné, mais il ne connaissait pas celui qui venait de tirer cette porte: c'était un homme de quarante-cinq ans environ, à barbe noire très-épaisse lui couvrant le visage ne laissant voir qu'un nez proéminent et deux yeux ardents; il était vêtu simplement, mais convenablement.
Le baron descendit derrière lui, pour demander au concierge quel était cet homme.
Mais en chemin la réflexion lui vint que le concierge ne connaissait peut-être pas cet homme, ou que le connaissant il ne voudrait peut-être pas plus parler maintenant qu'il ne l'avait voulu quelques instants auparavant.
Il renonça donc à l'interroger et se mit à suivre cet inconnu.
Marchant derrière lui, il l'étudiait et il était à peu près certain de ne pas le perdre dans la foule: il avait vu sa tête; il le voyait de dos; il notait sa démarche, il le reconnaîtrait sans confusion possible.
Marchant tout d'abord avec cette rapidité fiévreuse qui résulte de la colère, il avait peu à peu ralenti le pas, et, par les Champs-Élysées, il se dirigeait vers l'intérieur de Paris, sans se retourner et sans se douter assurément qu'il était suivi.
Il prit la rue Royale, le boulevard de la Madeleine, la rue Neuve-Saint-Augustin, sans que le baron le perdît de vue.