Le colonel crut remarquer qu'elle tremblait; mais, comme elle avait posé sur la table la lampe, dont l'abat-jour était posé très bas, il la voyait mal et seulement dans l'ombre.
—Mon père n'est pas encore rentré, dit-elle; mais il m'a envoyé un mot pour m'avertir que vous veniez souper avec nous, ce qui est bien aimable à vous. Alors, apprenant cela, Denizot a voulu vous servir un souper digne de vous, a-t-il dit, et il est sorti pour cela. Mon oncle Sorieul n'est pas non plus rentré, de sorte que je suis seule.
Le colonel remarqua qu'elle avait évité de nommer Michel; cependant, en regardant sur la table qui était mise, il vit six couverts, ce qui indiquait que Michel devait souper avec eux.
—Mon oncle m'a dit que vous attendiez ma visite; je vous remercie de n'avoir pas douté de moi.
—Comment aurais-je douté de vous, mon cousin! vous nous avez toujours témoigné une grande amitié.
—Si je ne suis pas venu plus tôt, c'est que je ne suis à Paris que depuis deux jours, et je ne sais comment cette indiscrétion à propos de... (il entassait les mots avant que d'arriver à celui qui était décisif), à propos de ce mariage, a pu être commise.
Elle ne répondit pas, et, comme il la regardait, elle leva la tête vers le plafond, de sorte qu'il ne put pas voir l'effet que ce mot avait produit sur elle.
Alors il reprit, décidé à en finir tout de suite:
—En même temps, mon oncle m'a communiqué une nouvelle qui le rend bien heureux, celle de votre mariage.
—Il est vrai, dit-elle d'une voix presque ferme, je me marie, je me suis rendue aux désirs de mon père. Vous a-t-il dit quelles étaient ses craintes et dans quelle position il se trouvait?