—Je dis que ce mariage est vivement désiré des deux côtés, poursuivit le baron, et c'est là ce qui me ferme la bouche. Le colonel aime passionnément Carmelita, et cette passion s'explique: Carmelita est si belle! D'autre part, le prince Mazzazoli est ébloui par la fortune du colonel, et cet éblouissement se comprend, le colonel est si riche! Le prince voulait un roi pour sa nièce: il a trouvé mieux, car le royaume du colonel Chamberlain n'a rien à craindre des révolutions.

Le baron s'arrête, et s'adressant à Flavie:

—Excusez-moi, chère petite fille; je vous fais perdre votre temps, je bavarde, et j'oublie que ce temps est précieux. Travaillez, mon enfant, je vous prie; si je vous interromps encore, mettez-moi à la porte.

Et le baron n'interrompit plus, en effet, que par quelques paroles qui se rapportaient à la leçon même.

—Très bien, cela ira, n'est-ce pas votre avis, monsieur Beio! Je n'en dirais pas autant pour une Française; mais cette petite fille est Allemande, et, grâce à Dieu, les Allemands sont autrement organisés pour la musique que les Français.

Cette observation arriva à propos pour rendre un peu d'espérance au professeur, qui se disait déjà qu'il n'avait rien à faire avec une pareille élève. Le baron avait peut-être raison, c'était une Allemande, et, comme il partageait pleinement l'avis du baron sur le sentiment musical des Français, il se raccrocha à cette branche: il fallait voir, et ne pas renoncer dès la première leçon.

Quand Beio se disposa à partir, le baron se leva en même temps que lui et l'accompagna jusque dans la rue.

Précisément sa voiture était à la porte, l'attendant.

-De quel côté allait M. Beio?

Justement le baron avait besoin dans ce même quartier, et il força le professeur à prendre place dans sa voiture. En chemin, il ne parlât que musique, et il en parla bien, en homme qui sait et qui sent. Ce fut seulement quelques instants avant d'arriver, qu'il glissa quelques mots personnels dans cet entretien.