—Commencez, dit le baron; ne vous troublez pas pour moi. J'ai bien souvent assisté aux leçons de cette petite fille; elle est habituée à moi.
Dans un moment de repos, le baron revint au sujet qui le préoccupait.
—Connaissez-vous le colonel Chamberlain, qui épouse mademoiselle Belmonte? C'est aussi un de mes bons amis, charmant garçon.
Beio répondit qu'il ne connaissait pas le colonel.
—Fâcheux, très fâcheux. Je suis sûr que quand vous aurez fait sa connaissance, vous regretterez moins de perdre votre élève. Il me semble que ce soit l'homme destiné par la Providence à devenir la mari de Carmelita, comme s'ils étaient faits l'un pour l'autre.
L'Italien écoutait ces paroles avec une figure sombre, en lançant de temps en temps des regards furieux au baron, que celui-ci paraissait ne pas voir, mais qu'il remarquait très bien.
—Cependant seront-ils heureux? continua le baron, ne craignant pas de mettre une certaine incohérence dans son discours; c'est ce que je me demande. L'apparence est pour le bonheur. Mais, en regardant au fond des choses, on aperçoit des causes de trouble.
Comme Beio, à ce mot, avait fait un mouvement, le baron insista.
—Parfaitement, des causes de trouble, on peut même dire de division. Cela est sensible pour qui connaît la vie. Aussi ce mariage m'inquiète-t-il jusqu'à un certain point. J'aurais su qu'il devait se faire, que j'aurais assurément présenté mes doutes et mes observations, avant qu'il fût décidé, au prince Mazzazoli aussi bien qu'au colonel. Mais à quoi bon des observations qui ne doivent servir à rien? Ce mariage est arrêté; ce ne sont pas des observations qui maintenant pourront l'empêcher, d'autant mieux qu'il est vivement désiré des deux côtés.
Beio s'était rapproché du baron, montrant pour la première fois qu'il s'intéressait à ce qu'il entendait; mais ces derniers mots le firent se retourner vers Flavie, qui, elle, écoutait attentivement le baron, se demandant ce que signifiaient ces paroles et à quel but elles tendaient, car ce n'était assurément pas un simple bavardage.