Le baron était installé sur un canapé, dans le salon.
—A mon grand regret, dit-elle, il faut que je vous fausse compagnie.
—Et pourquoi donc, petite fille?
Petite fille était un mot paternel dont il se servait en public.
—Parce que je vais prendre une leçon avec monsieur.
Alors, continuant son rôle, elle avait fait la présentation de Beio au baron, du baron à Beio.
—Comment! s'écria le baron, vous êtes monsieur Lorenzo Beio? Mais j'ai l'honneur de vous connaître; j'entends souvent parler de vous par la meilleure amie de ma fille, mademoiselle Carmelita Belmonte, dont vous êtes le professeur.
Beio, sans répondre, s'inclina.
—Mes compliments, cher monsieur, continua le baron; vous avez dans Carmelita une élève qui vous fait le plus grand honneur. Quel malheur, n'est-ce pas, qu'une organisation si splendide soit perdue pour l'art! Combien de fois en la faisant travailler, avez-vous dû vous dire que sa place était sur la scène? Elle y eût été admirable, j'en suis certain: avec sa beauté, avec son talent, elle aurait obtenu des succès prodigieux. C'est, il me semble, un vif chagrin pour un professeur de se dire qu'un pareil talent est ignoré; car qu'est-ce que la gloire des salons! Et puis, quand elle sera mariée, chantera-t-elle? Le monde, la famille, lui en laisseront-ils la possibilité?
Lorenzo Beio se tourna vers Flavie et lui demanda si elle n'était pas prête à commencer.