Et le baron voyait lui-même le colonel tout aussi souvent.
C'était ainsi qu'il savait par le détail les cadeaux que le colonel préparait pour sa fiancée, avec une générosité qui rappelait la prodigalité orientale.
C'était ainsi qu'il savait aussi que la date primitivement fixée pour le mariage serait forcément retardée pour l'accomplissement de certaines formalités. Le père de Carmelita, le comte Belmonte, était mort en Syrie, où il avait eu l'idée d'aller chercher fortune, et où il n'avait trouvé que le choléra; son acte de décès n'était pas régulier, et il fallait le faire régulariser, ce qui, à cause de la distance, demandait des délais, et, d'un autre côté, par suite du bon ordre qui règne dans les pays administrés par les Turcs, présentait des difficultés.
En même temps qu'il fréquentait le prince et le colonel, le baron, ne s'en tenant pas au seul Lorenzo Beio, poursuivait, auprès des uns et des autres, les recherches qui pouvaient lui fournir des armes nouvelles.
Il n'avait plus qu'un seul sujet de conversation: le mariage de mademoiselle Belmonte et du colonel Chamberlain.
Par malheur pour lui, il ne trouvait rien.
Tous les créanciers du prince, et ils étaient nombreux, étaient remplis de joie par ce mariage, et, bien entendu, ils n'auraient rien fait, rien dit pour l'empêcher.
Quant aux quelques amis que le colonel avait en France, ils blâmaient bien ce mariage, ils en riaient bien, mais c'était tout.
Encore, tous ne lui étaient pas hostiles, et plusieurs trouvaient que Carmelita était assez belle pour qu'on fît la folie de l'épouser.
Parmi ceux qui raisonnaient ainsi sa trouvait Gaston de Pompéran.